Mylène Farmer : l’interview exclusive

Rendez-vous m’est donné au cimetière du Père Lachaise. Son agent a été formel : pas d’appareil photo, de portable ou de dictaphone. Les indications envoyées par capucin voyageur demandaient de déposer un paquet de fraises Tagada devant la tombe d’Allan Kardec (ndlr : le fondateur du spiritisme) et de compter jusqu’à 13. Je me suis exécuté et là, le ciel s’est voilé et une nuée de corbeaux s’est élevée. Et au-delà des horizons, dans un brouillard évanescent, un cercueil de verre porté par des cyborgs s’est avancé vers moi. Mon cœur s’est alors arrêté de battre quand je l’ai vue.
Un visage de porcelaine : Mylène.

« T’as pas un p’tit mojito ? » propose-t-elle d’emblée.

Ce qui marque d’abord chez Mylène, c’est cette timidité maladive qui l’oblige à porter des moufles Emily the Strange (« C’est pour éviter de me ronger les ongles jusqu’au sang»), et également son crucifix dans les mains : « En vérité c’est un micro. Sans lui on ne m’entend pas parler ».

TacTac : Alors Mylène… Je peux t’appeler Mylène ?
Mylène Farmer : Ouiiiiiii…
TT : On dit que tu n’aimes pas accorder d’interview.
MF : Ouiiii… C’est plus fort que moiiiii….
TT : Alors pourquoi rompre ce silence aujourd’hui ?
MF : Tout d’abord parce que j’aime beaucoup le nom « Coquecigrue ». J’aime évangéliser les mots de plus de trois syllabes. Ensuite parce que si je ne faisais pas de promo pour mon album live, Pascal Nègre m’obligeait à faire un duo avec Lorie. Mais je tiens à préciser que ce sera ma dernière interview avant 2013.
TT : Vraiment ??
MF : Ouiiii… Enfin si on ne compte pas mon interview de demain chez PPDA et celle de dans deux semaines pour KTO. Quelle heure est-il au fait ?
TT : 17h20. Pourquoi ?
MF : Parce que le soleil se meurt aujourd’hui à 17h33. Ce qui nous laisse treize minutes pour finir l’interview. Cruciiiiiifixiooooon…

Un rouge-gorge se pose près de nous. En l’apercevant, Mylène s’exclame « Jésus j’ai peur ! ». Un de ses gardes du corps prend alors son magnum et vise l’oiseau qui explose dans un nuage de plumes. Mylène sourit. Nous pouvons continuer l’interview.

TT : Ton dernier concert s’est joué à guichet fermé pendant 13 soirs à Bercy. Mais tes fans ont regretté que tu ne viennes pas en province, que finalement ce soit le public qui se déplace pour toi et non l’inverse.
MF : (Mylène retire une plume de sa bouche.) En proviiiince ?
TT : Le truc vert qu’on survole quand on prend l’avion.
MF : Ah ouiiiii… Je suis désolée pour le public, désolatiooon… Mais le décor était intransportable en province. Qu’on ait pu le monter, le construire et l’utiliser à Bercy implique forcément qu’il reste à vie dans cette salle. Le rideau d’eau, les portes géantes et la scène en forme de croix sont toujours là-dedans. D’ailleurs ça pose un peu problème à Tony Parker qui a du jouer son dernier match sur un terrain en forme de croix… Lacératioooon…

Mylène se recueille quelques instants. Puis elle clique des doigts. Aussitôt, une des stèles s’ouvre en deux pour laisser apparaître une bonbonne à oxygène. Elle applique un masque sur son visage et tire quelques bouffées. Elle compte jusqu’à 113, puis un des cyborgs me fait signe de continuer l’interview.

TT : Ton album Avant que l’ombre… s’est moins bien vendu que les précédents. Certains journalistes ont parlé d’une « Mylène essoufflée », qu’as-tu à répondre à cela ?
MF : Ces déclarations sont totalement infondées. (Elle reporte le masque à sa bouche.) Scarification…

Soudain Mylène se met à pleurer en silence. Ses gardes du corps commencent à tendre les bras vers elle en criant « Mylèèèèèèène !!! Ne pleure paaaas !!! On t’aimmmmmme !!!! ».

TT : Que se passe-t-il ???
MF : Rien du tout. Je pleure juste tous les jours à 17h29. Génuflexioooon…

TT : Une majorité de ton public est composé de gays, preuve en est du chroniqueur Steevy. Pourrais-tu expliquer la fascination que tu exerces sur eux ?
MF : Tout d’abord, je tiens à préciser que Steevy est un de mes fans parmi tant d’autres, et qu’il décrédibilise totalement la cause de sa communauté. Pour ce qui est de la fascination du public à mon égard, je ne vois qu’une seule explication. Les homosexuels sont des êtres sensibles, délicats, cultivés et qui ont le goût des belles choses. Il est alors tout à fait normal qu’ils se tournent vers moi. Mutilatiooooon…

TT : Le soleil se couche, j’imagine que l’interview est terminée. Merci beaucoup Mylène de nous avoir accueillis chez toi.
MF : Merciiii à vous. Ce sont des moments tellement émouvants pour moi. Ecchymooooses…

Le cercueil où était allongée Mylène se referme.
Je suis alors prié de quitter les lieux dans les cinq minutes avant le lâcher les chiens. Excommunioooon…

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